Rencontre avec Alice Audouin, Fondatrice de Art of change 21

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À l’instar de Camille Jaillant, fondatrice d’Olistic the Label, Alice Audouin entreprend pour un futur plus durable. Si l’une a fait de la mode durable son terrain de jeu, l’autre entend faire de l’Art contemporain le passeur de l’écoresponsabilité grâce à son association Art of Change 21. 

Alice Audouin porte la robe Cassiopea (Olistic) imaginée par Olistic & Arizona Muse / Photographie par Jérome Mizar

  • En quoi consiste Art of Change 21? 

Nous changeons la manière dont les associations interviennent en faveur de l’environnement en intégrant l’art et la créativité et en promouvant la culture comme levier de la transition écologique. L’association repose sur l’action collaborative et la co-création internationale. Nos actions sont nées lors de rencontres organisées entre artistes contemporains, entrepreneurs sociaux et jeunes militants. Nos parrains sont l’artiste Olafur Eliasson et l’entrepreneur Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco. Art of Change 21 est l’aboutissement de dix années d’engagement préalables dans l’art et l’environnement. 

  • Comment est née l’idée de créer des synergies entre Art contemporain et développement durable ? 

Étudiante en économie et philosophie, j’ai compris l’intérêt d’adopter un regard critique sur l’économie par l’angle de l’environnement. Chez Novethic, j’ai abordé de front la RSE au début des années 2000, créé un premier pont avec l’art. Son lien avec le développement durable me paraissait évident et n’existait pas vraiment. J’ai ensuite agi sur le plan associatif puis comme responsable du développement durable chez Havas. J’ai toujours recherché l’innovation, souvent vécu la solitude des pionniers.

  • Tu es la fondatrice d’Alice Audouin Consulting, une structure de conseil en développement durable, Art et communication responsable. S’adresser directement aux entreprises demeure-t-il le meilleur moyen d’agir ? 

J’accompagne les entreprises dans leur transition écologique, qui est aussi une transition culturelle.

J’’apporte de la créativité, de la prospective, un lien avec la culture. Je cherche la cohérence entre les valeurs de l’entreprise et les causes dans lesquelles elle souhaite s’engager. Ainsi, une entreprise déjà engagée contre les discriminations sera culturellement bien positionnée pour agir en faveur de la cause animale qui vient historiquement du champ social, de la lutte contre l’esclavage ! Une marque comme MAC l’illustre bien. 

  • Tu fais partie du comité d’expert mis en place par 1 618, pourquoi ? 

J’ai intégré dès 2008 le comité de sélection de 1 618. Depuis 2 ans j’accompagne de nouveau Barbara Coignet et ses équipes. Cette réflexion sur un luxe durable prêtant attention à l’esthétique, aux savoir-faire traditionnels manquait. Ayant accompagné de nombreuses marques émergentes, il me tenait à cœur d’encourager ces projets innovants. 

  • Comment faire de l’Art un moyen d’action ?  

L’association s’attaque aujourd’hui à l’éco-conception. Nous abordons la question de la fin de vie de l’œuvre, de son transport, la responsabilité des galeries… L’art a surtout un formidable pouvoir d’influence. En septembre, nous organiserons une exposition sur le thème de la nature au Congrès mondial de la Nature IUCN. Notre projet phare, Maskbook, continue grâce au digital. La récupération de matériaux, le recyclage : l’Art contemporain libère la créativité.  

Maskbook est un projet international, artistique et participatif lancé en 2015 à l’occasion de la COP21. Il adresse des enjeux environnementaux majeurs : la pollution de l’air, le réchauffement climatique, les déchets, les pandémies.

  • En 2004 tu initiais le 1er colloque international « L’Artiste comme partie prenante » en partenariat avec l’UNESCO. Olistic agit main dans la main avec les Nations Unies. Quel rôle pour ces institutions internationales ? 

Elles sont primordiales, car elles défendent le multilatéralisme. Art of Change 21 a une relation de longue date avec l’ONU Environnement qui a utilisé Maskbook pour lancer la Journée Mondiale de l’Environnement en 2019. 

Toutefois, je mesure l’écart entre le moment où l’on a scientifiquement su que le réchauffement climatique serait une catastrophe et celui d’une mobilisation forte. Les institutions internationales et les ONG environnementales n’ont pas su mobiliser la jeunesse à grande échelle ni incarner un engagement dans l’air du temps. Extinction Rebellion est le 1er mouvement à avoir saisi cela.

  • La mode se réinvente, comment l’Art perçoit-il le monde d’après ?

Artistes, designers, stylistes, architectes portent la même vision d’un futur plus écologique et solidaire. Les jeunes générations d’artistes intègrent naturellement les principes d’éco-conception. Jérémy Gobé, un artiste engagé, l’exprime : « être un artiste contemporain c’est être dans son époque, une époque aujourd’hui définie par la crise écologique ». On ne peut tout simplement plus l’ignorer.

Mais pour que l’art puisse jouer son rôle, l’urgence est d’aider les artistes à dépasser cette crise ! Nous remettrons donc en juin 42 000 euros à 21 jeunes artistes plasticiens engagés.

Planète art solidaire est une action solidaire de l’association Art of Change 21, avec le soutien de la Maison Ruinart. Son but est d’aider les jeunes artistes engagés dans l’environnement confrontés à la crise sanitaire. Crédit: Julian Charrière

  • Tu sembles sur ta faim en matière de RSE…

Oui, la RSE manque d’ambition, oublie trop souvent les enjeux de citoyenneté fiscale, d’investissement socialement responsable, d’éthique des affaires ainsi que nombreux enjeux sociétaux

Certains sujets passés sous silence sont les thèmes clés de demain.

Même sur l’environnement, ce n’est pas vraiment ambitieux. 

  • Comment parviens-tu à faire des choix en conscience ? 

Je mène une vie consciente, moderne et confortable, je réduis ma consommation, mais suis loin d’un modèle puriste comme celui d’un zadiste ou néo-rural, que je respecte. Il faut distinguer l’exemplarité et l’influence car la décroissance influence peu la société civile. Le mimétisme social peut faire avancer de nombreuses causes, comme le véganisme. Je limite mes déplacements en avion, mais lorsque c’est le cas, c’est pour défendre notre planète.

  • Quel est le rituel slow que tu t’accordes ?

Je vais souvent en Normandie faire un break.

Je fais aussi partie des Yoga Cats, un cercle de Yoga composé d’amies qui travaillent pour beaucoup dans le développement durable.  Les cours de yoga m’apaisent, me tonifient, une sensation que je retrouve avec la natation, le running. En dehors de l’art, j’aime la littérature pour me retirer du quotidien, diminuer mon stress, comprendre le monde.  

Alice Audouin, fondatrice Art of Change / Photographie par  Jérome Mizar

  • Que t’inspirent ces pièces Olistic the Label ?

L’intemporalité, la féminité et je trouve les matières douces pour la planète et pour le corps. J’aime leur versatilité. Je pourrais porter cette robe à l’occasion d’une remise de prix, d’une cérémonie ou simplement pour avoir le plaisir de son confort, comme une caresse sur le corps, aussi bien pour l’extérieur que l’intérieur !

J’imagine la porter longtemps puis la transmettre à ma nièce, c’est tout le plaisir de sentir la durabilité des vêtements : leur imaginer plusieurs vies, plusieurs propriétaires…

Les lignes sont particulièrement abouties. J’aime aussi le chemisier en soie dont la fabrication traditionnelle respecte le bien-être animal.

  • Quel rapport entretiens-tu avec le vêtement ? 

Je constate une décélération dans mon comportement d’achat ; ma conscience environnementale n’y est pas pour rien. J’ai quelques pièces souvenirs ayant beaucoup expérimenté avec mon look. Aujourd’hui l’apparence m’importe moins que la sensation de bien-être, l’attention au corps. J’apprécie le vintage, j’évite la fast fashion.

À mes yeux, la garde-robe idéale est composée uniquement de mode éthique, écologique et de vintage.

Je m’y rapproche, même si je craque encore pour la nouveauté ! 

  • Quelle femme souhaites-tu lire dans ce journal ? 

Cécile Lochard, Directrice du développement durable de Guerlain et Candice Colin, fondatrice de l’application Clean Beauty, deux femmes qui aiment la mode éthique et écologique, engagées en faveur de l’environnement et la santé, et très entourées d’animaux. 

Merci à Alice Audouin pour ses réponses et pour nous avoir reçus chez Art of Change 21.